Vendredi 30 novembre 2007
Un vieil homme, médecin et enseignant dans une université, qui vit en Russie dans les années 1870, grand conseiller secret, sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Il nous confie son histoire,
décrit sa vie. En commençant par sa famille : sa femme qui, chaque matin, lui rend visite et serine les mêmes histoires, son fils, élève officier à qui ils envoient tous les mois 150 roupies
pour compléter sa maigre soldes, sa fille, inscrite au conservatoire à qui il faut offrir un train de vie digne de son nouveau rang. Mais, malgré sa position sociale, Nicolaï Stepanovitch a du
mal à joindre les deux bouts. Si cette situation inquiète sa femme, lui, est complètement indifférent aux problèmes que rencontre sa famille. Car, il se sent désormais étranger à l’image
d’aristocrate qu’elle lui renvoie.
Et puis il y’a Katia. Une jeune fille que le narrateur a recueilli quand elle était encore enfant. Joyeuse, confiante et très complice avec son père adoptif.
Lorsque, passionnée de théâtre, elle décide de devenir actrice, il est contre mais ne dit rien et la laisse partir pour Oufa (sud-est de la Russie occidentale). Si, au départ, les lettres qu’elle
lui envoie semblent montrer qu’elle est heureuse, bien vite, elle devient plus amère et finit par revenir quatre ans plus tard, après une tentative de suicide. Elle n’a plus aucune illusion sur
la vie et se tourne vers le cynisme et l’oisiveté. Lui, qui porte désormais un regard noir sur sa vie, tente de se révolter contre sa vieillesse. De plus en plus souvent, il se réfugie chez elle
mais, face à ses désillusions, il ne sait comment réagir et reste impuissant.
Une histoire pas si banale que ça, un roman qui évoque la tristesse d’un homme vieillissant qui a conscience de ne plus appartenir au présent. Il voit le
monde tourné autour de lui. Non seulement il ne le comprend plus mais il ne peut plus non plus intervenir. Devenu presque invisible aux yeux de tous, il regardera, impuissant, l’unique objet de
son amour, la seule pour qui il compte encore, disparaître sous ses yeux. Et pourtant…Le lecteur ne peut s’empêcher de penser que cet amour impossible n’a pas été vain. Car le vieil homme
n’a-t-il pas ainsi donné un sens à sa vie ? N’a-t-il pas gagné ainsi le droit de s’éteindre en paix ?